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Travail hybride : pourquoi la Belgique choisit une autre voie que les États-Unis

Travail hybride : pourquoi la Belgique choisit une autre voie que les États-Unis


Récemment, la banque américaine JPMorgan Chase a adressé un message clair à ses 316.000 employés : retour au bureau cinq jours par semaine. Amazon l’avait déjà fait l’an dernier. Instagram, Paramount, Home Depot ont suivi. Aux États-Unis, le nombre d’entreprises qui suppriment le télétravail augmente. La raison ? Des inquiétudes concernant la productivité, la collaboration et la culture d’entreprise.

 

En Belgique, le discours est différent.  85,3% des entreprises autorisent le télétravail, selon une étude d’Acerta. Dans les grandes organisations (plus de 500 employés), ce chiffre monte même à 86,1% d’après une enquête de Vias Institute, Next Generation Work et Antwerp Management School. Le modèle hybride tient donc bon. Pourtant, un quart des entreprises belges demandent aux employés de revenir structurellement plus souvent au bureau.

 

Présence souhaitée (jours par semaine) sur le lieu de travail, enquête employeurs Acerta-Indiville 2024-2025

 

Récemment, la ministre flamande Hilde Crevits (CD&V) a annoncé que les fonctionnaires flamands devront désormais prester au moins la moitié de leurs jours de travail au bureau. « Le télétravail offre de nombreux avantages, mais nous semblons parfois oublier que se rendre au travail en offre aussi : la cohésion sociale au sein de l’équipe et le lien avec les collègues et l’employeur sont au moins aussi importants », a déclaré Crevits.

 

Le ministre-président Diependaele soutient la mesure : « La créativité, la collaboration et les courbes d’apprentissage sont affectées négativement si l’équilibre penche trop vers le télétravail. Une administration qui ne communique plus que via des écrans risque de perdre son rythme et sa capacité d’innovation. »

 

Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large. Pour la première fois depuis la pandémie de coronavirus, plus de la moitié des travailleurs belges doivent toujours être présents sur le lieu de travail, selon une étude d’Acerta. Ce sont surtout les plus grandes entreprises qui durcissent leur politique de télétravail. Pourtant, la différence avec les États-Unis reste importante.

 

Alors que JPMorgan Chase, Amazon et Instagram obligent leurs employés à travailler cinq jours par semaine au bureau, la Belgique opte pour un modèle à mi-temps au bureau. La question est : pourquoi cette différence ? Et le compromis belge est-il judicieux ?

 

Ce que le travail hybride signifie pour le recrutement 

 

Le débat sur le télétravail ne porte pas uniquement sur la productivité. Il concerne aussi le contrôle et la concurrence. Aux États-Unis, les entreprises ont le luxe de rappeler les employés, indépendamment des chiffres. En Belgique, nous n’avons pas ce luxe. Notre marché du travail est structurellement tendu. Nous comptons 251 métiers en pénurie, 395.400 travailleurs de plus de 55 ans quitteront le marché du travail d’ici 2028, et les hautement qualifiés travaillent déjà massivement (94,1 %, le taux le plus élevé de l’UE). Nous ne pouvons pas nous permettre de voir les talents partir vers des employeurs qui offrent de la flexibilité.

 

Ce que nous observons chez RGF Staffing : les candidats ne demandent souvent plus si le télétravail est possible, mais combien de jours. Pas toujours, pas pour tous les profils, mais la tendance est claire. Les fonctions sans flexibilité sont généralement plus difficiles à pourvoir. Cela en dit long sur l’évolution des attentes du marché du travail.

 

La question est donc bien plus large que de savoir si le télétravail est productif ou non. La question est : pouvez-vous vous permettre de le supprimer alors que votre concurrent le propose ?

 

Mesurez les résultats, pas la présence

 

Jamie Dimon, CEO de JPMorgan Chase, s’en est pris au télétravail l’an dernier lors d’une réunion interne.

« Pendant les réunions en ligne, tout le monde fait autre chose : lire ses mails, regarder son téléphone... Ça ne fonctionne tout simplement pas, et c’est clairement néfaste pour la créativité. Et ne me parlez pas du télétravail le vendredi. J’appelle beaucoup de gens le vendredi et il n’y a pratiquement jamais personne qui décroche. » Cette dernière phrase est révélatrice. Dimon ne mesure pas si les gens atteignent leurs objectifs. Il mesure s’ils décrochent quand il appelle. Ce n’est pas une mesure de productivité, c’est un outil du contrôle.

 

Les chiffres belges montrent une autre réalité. « Le travail au bureau n’est pas par définition plus productif », explique Jeroen Franssen, conseiller en marché du travail. « Pour certains, ces trois jours au bureau ne sont pas du tout productifs à cause des bavardages à la machine à café. Pour d’autres, les deux jours de télétravail ne le sont pas non plus. »

 

Les données confirment cette perception partagée : 44 % des CEO constatent un impact positif du télétravail sur la productivité, 32 % un impact négatif. Les managers (71 %) et les RH (66 %) sont plus positifs.

 

Conclusion ? La productivité dépend du type de travail, pas du lieu. Le travail asynchrone (tâches individuelles, recherche, e-mails) fonctionne à domicile. Le travail synchrone (brainstorming, réunions, onboarding) fonctionne mieux au bureau. Les entreprises qui ne font pas cette distinction mesurent les mauvaises choses.

 

Le modèle d'équilibre belge fonctionne

 

Selon Franssen, ce sont surtout les entreprises anglo-saxonnes et françaises qui optent pour le retour obligatoire au bureau, motivées par une culture de performance. « En Belgique, nous choisissons le modèle européen, qui évite les extrêmes et prend aussi en compte le confort de travail. »

 

Est-ce que ça semble faible ? Peut-être. Mais c'est aussi réaliste.

 

La Belgique n’a pas le même marché du travail que les États-Unis. Nous n’avons pas un surplus de talents. Nous ne pouvons pas licencier et remplacer facilement. Notre modèle social, notre vieillissement et notre pénurie structurelle nous poussent dans une autre direction.

 

Et cette direction fonctionne. KBC, BNP Paribas Fortis et ING appliquent une politique fifty-fifty et n’ont pas l’intention de la modifier. « KBC a trouvé depuis un certain temps un bon équilibre entre travail au bureau et télétravail », indique un porte-parole.

 

Isabel Carrion, chief people officer chez ING, nuance l’argument selon lequel les jeunes souffrent du télétravail. « Les jeunes débutants apprennent beaucoup des collègues expérimentés. Mais cela peut se faire de différentes manières : en collaborant au bureau, mais aussi via des projets, du mentorat et la collaboration numérique. »

 

Le compromis belge reconnaît que productivité et confort de travail ne s’excluent pas. Au contraire : dans un marché du travail tendu, ils peuvent se renforcer mutuellement. Les organisations qui prennent le bien-être au sérieux attirent de meilleurs talents et les retiennent plus longtemps.

 

En bref : le compromis belge est une réponse à une pénurie structurelle.

 

Trois tendances en staffing et recrutement

 

1. La flexibilité passe de « nice-to-have » à « must-have »

 

Les candidats renoncent plus souvent aux postes sans possibilité de télétravail, même si le salaire est attractif. Pour les profils en IT, finance et RH, c’est particulièrement marqué : la question « Combien de jours de télétravail ? » arrive souvent avant « Quel est le salaire ? »

 

2. Les jeunes veulent plus de télétravail, mais ont besoin de plus d’encadrement

 

Il est vrai que 21 % des jeunes (18-35 ans) ressentent davantage de stress en télétravail, alors que les collègues plus âgés le signalent moins. Dans le même temps, 33,8 % des jeunes souhaitent encore plus de télétravail. C’est un paradoxe : ils veulent ce qui leur nuit. La solution n’est pas un retour au bureau, mais un meilleur encadrement : systèmes de buddy, check-ins structurés, attentes claires. Les jeunes ont besoin de cadre, pas seulement de présence physique.

 

Les jeunes et le télétravail

 

21 % ressentent plus de stress en télétravail.

33,8 % veulent encore plus de télétravail.

Paradoxe : ils veulent ce qui leur nuit.

 

Source : Acerta 2024-2025

 

3. Le travail hybride révèle une culture d’entreprise fragile

 

Les entreprises avec une culture forte font fonctionner facilement le travail hybride. Celles avec une culture faible reviennent au contrôle physique. Le télétravail n’est pas la cause des problèmes culturels, il les révèle.

 

Un travail hybride réussi nécessite de distinguer temps de concentration et temps de collaboration

 

La Belgique choisit une autre voie que les États-Unis. Non pas par naïveté, mais parce que notre marché du travail nous impose du pragmatisme. Nous ne pouvons pas gaspiller des talents dans des débats idéologiques sur l’endroit où les gens doivent travailler.

 

Les entreprises qui réussissent le travail hybride font trois choses correctement :

 

  • Elles distinguent travail asynchrone et synchrone et adaptent le lieu en conséquence.
  • Elles investissent dans l’engagement plutôt que dans la présence.
  • Elles reconnaissent que la flexibilité n’est pas un extra, mais un avantage concurrentiel.

 

Et les entreprises qui choisissent une autre voie ? Elles doivent réaliser qu’elles sont en concurrence avec des employeurs qui offrent de la flexibilité. Dans un marché du travail tendu, cela compte.

 

SONDAGE : Quelle est votre position sur le travail hybride en 2026 ?

Votez et voyez ce que les autres en pensent.

 

A. Retourner au bureau fonctionne mieux. 

La présence physique augmente la productivité, la culture et la collaboration. Le télétravail était une mesure d'urgence, pas une solution structurelle.

 

 B. L'hybride est l'avenir

L'équilibre entre maison et bureau combine le meilleur des deux mondes. La personnalisation au niveau de l'équipe, du département ou de l'organisation fonctionne mieux qu'une politique rigide de cinq jours.

 

C. Le 100% remote devrait être la norme.

L'emplacement n'a pas d'importance, la sortie compte. Les entreprises qui exigent la présence de personnes au bureau perdent des talents au profit d'employeurs plus flexibles.

 

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Après votre vote, vous pouvez immédiatement voir comment les autres professionnels RH, recruteurs et dirigeants d'entreprise le perçoivent. Nous partagerons également les résultats dans notre prochaine newsletter.

 

 

Sources :

- De Tijd (10 févr. 2026) : « Quand j'appelle vendredi, personne ne répond » : les multinationales étrangères abolissent le télétravail

- De Tijd (28 mars 2026) : Les fonctionnaires flamands doivent se rendre au bureau à mi-temps

- Hilde Crevits (27 mars 2026) : Au moins 50 % au bureau : le ministre Crevits souhaite ajuster la politique du gouvernement flamand sur le télétravail

- Acerta (12 mars 2025) : Satisfaction quant à l'équilibre entre le télétravail et le travail au bureau entre employeurs et employés

- Telewerken.be (2025) : Résultats de l'enquête sur les employeurs en télétravail 2025